Resume concernant ma nonna Marietta,… lettre envoyée à Aimée Pelletier , ( Arlington, Texas – USA )

en Decembre 2001.

MA NONNA MARIETTA… par Elie Patan.

La “ nonna” Marietta (Miriam en Syrien) est nee a Alep en Syrie en 1870. Fille de Chimon et Emam Attar.

En 1880, a l’age de 10 ans, elle emigre vers l’Egypte, avec sa maman (veuve) , son frere Aharon(1872), et sa soeur Nouzha (1874)… Je ne peux m’imaginer la raison de cette decision, qui , a mon avis est assez dure et difficile a prendre , surtout pour une veuve, avec 3 petits gosses, l’ainee ayant a peine 10 ans. Je ne peux que deviner les conditions difficiles de vie, … le sort millenaire du juif errant, cherchant toujours sa chance ailleurs ,… mais un fait qu’on ne peut pas nier,… C’est que ,vers la fin du 19 eme siecle et le debut du 20 eme,… il y avait une grande vague d’emigration juive de tous les pays du proche orient vers l’Egypte. Surtout d’Iraq et de Syrie… Mon imagination vagabonde et je m’imagine que dans 130 ans, un de tes arriere.. arriere … petits fils se demandera …peut-etre,… pourquoi mes ailleux, Shaoul et Pauline Israel ont-ils quitte l”Egypte.?…

… Nous les humains , ne posons pas les questions necessaires, au moment qu’il faut, remettant toujours a plus tard, et ayant la conviction que nous avons toute la vie devant nous,… mais helas, … chacun est accapare par ses occupations et obligations quotidiennes et le contact avec les ancetres s’estompe et se volatilise. Combien de fois me suis-je demande, …pourquoi n’ai-je pas assez parle, bavarde, ..avec maman, et ne lui ai-je pas consacre plus de temps.?. Moi aussi j’etais captif , entraine comme tout le monde dans cette course folle pour avancer… cette competition unverselle,… Aujourd’hui je me dis que, pris dans ce tourbillon, .et. ce combat pour notre confort et bien-etre physique, j’ai neglige le cote moral, … cette sensation de communion intime, pour exprimer mes sentiments , et savoir un peu du passe, surtout avec la vie difficile qu’elle a enduree , apres le deces de mon pere en 1938.

Mais revenons a nos moutons. … .(As-tu recu de Salomon , l’historique de la famille ? ) … Je ne peux me baser, que sur certains documents, (tres peu nombreux d’ailleurs) et ce que j’ai su et entendu par ma maman et ma grand’mere.

En 1885, a l’age de 15 ans, elle se marie au Caire avec Ytshak Sasson ne a Bagdad (Iraq) en 1863, lui meme emigre en Egypte avec sa famille en 1881 .

En 1887, nait la tante Hamama, … suit une longue periode , au cours de laquelle naissent plusieurs bebes, mais qui meurent en bas age, … . apres la naissance de la tante Hamama au Caire, et les multiples deces prematures de leurs gosses, ils decident de changer de chance et de milieu , …

( “Meshannait makom, ..Meshannait mazal”…c’est une phrase qui revient dans la Kabala , la mystique juive, … voulant dire que pour changer de chance, il faudrait changer de milieu.) … … Est-ce que nonno y croyait ?? Qui sait ?

Alors, ils s’en vont vivre a l’autre bout de l’Egypte, a Louxor, au sud … et en lisiere du desert meridional…Ytshak y ouvre un magasin , ainsi qu’une presse d’huile. … Les affaires s’emblent s’ameliorer…Elle accouche de l’oncle Jacques en 1898,…(tu t’imagines, 11 ans après la tante Hamama,) ensuite , Victoria (1901), Esther (1904), Albert(1909).Entre eux , il y eut aussi quelques enfants , aussi morts en bas age. D’apres maman, il y en aurait en tout, une dizaine. Quel drame !

Les annees passent, la tante Hamama se marie avec Israel Ezra, et vit a Assiout ou il a un commerce de textiles (comme la plupart des juifs). Mais a Louxor la vie continue assz bien . Maman me racontait qu’ils vivaient dans un ” hhoche “.(en arabe, une cour). C’est comme un pate de maisons, a l’interieur duquel il y a un patio. Pour acceder a cette cour interne, on passait par l’unique porte principale. Et c’est de l’interieur que l’on avait acces aux appartements de chaque famille. Il y avait quelques oncles ,tantes, cousins et cousines du cote paternel. … Tous vivaient ensemble,…Dans une situation pareille, on ne peut parler de vie privee… ” Privacy ”, terme auquel on tient beaucoup de nos jours, n’etait pas connu en ces temps. ..Tout etait connu par tous, il n’y avait de secrets pour personne,.. les murs, comme transparents,… Les “Sassons”, une vraie tribu…

Maman me disait que sa mere (Miriam\ Marietta)) decidait de tout dans cette cour, ou elle reignait en reine, comme seul maitre des lieux. Forte de caractere, elle imposait sa volonte sur tout le monde ( D’ailleurs je m’en suis bien apercu, quand plus tard ,apres le deces de mon pere, elle est venue vivre chez nous… surement ta maman Pauline se rappelle d’elle aussi).

On envoyait les garcons a l’ecole locale gouvernementale, … mais les filles, Victoria et Esther etaient chez les soeurs religieuses italiennes. … Je garde toujours le “diplome italien” de fin d’etudes primaires de maman. La maison des “Sassons” etait le carrefour ou se reunissaient les juifs qui etaient de passage dans cette petite bourgade, a l’aspect calme, mais parfois agitee tout de meme par le mouvement touristique.

J’ai quelques photos de la famille, allant visiter les sites touristiques, qui etaient tout pres, … parmis les temples et les ruines qui temoignent d’un passe prestigieux. Le debut du 20 eme siecle temoigne d’un interet grandissant pour l’archeologie … C’etait la periode des grandes decouvertes , et des fouilles entreprises par les missions archeologiques anglaises, francaises, americaines, … ou autre. … Maman me disait aussi que parfois ils allaient au “Winter palace Hotel”, au style victorien et colonial, pour cotoyer les touristes et sentir cette atmosphere etrangere et cosmopolite, toute differente de celle ou ils vivaient .

D’ailleurs je l’ai visite avec Mary, lord de notre dernier voyage en Egypte en 1982. Nous avions passe une dizaine de jours pour visiter les sites pharaoniques a Louxor , Assouan et Abou-simbel. Evidemment j’ai profite de l’occasion, et je suis alle au souk ” Essareya ” de Louxor, et j’ai demande les personnes agees , s’ils se rapellent de la famille Sasson ,… mais les reponses etaient plutot vagues. Pourtant quelques uns ,des vieux, me dirent avec assurance qu’ils se rappellent de “Maassaret el Zeit el Yahoudi” (La presse d’huile du juif), mais pas du nom Sasson. … Enfin !

C’etait un voyage splendide ..inoubliable,… nous avons bien jouis , et passe d’agreables moments.. surtout pour moi qui aime l’histoire et l’archeologie…Tout y est concu et execute en immensement grand, et temoigne d’une civilisation tres avancee et cultivee. Si jamais vous en aurez l’occasion, et en des jours plus tranquilles, lorsque la situation sera plus calme, je vous conseille vivement un tour dans les parages.

Un detail assez particulier,que je voudrais raconter, … Parmis les personnes qui frequentaient la famille, et avaient un pied a terre dans leur enceinte, figurait un jeune homme, copte orthodoxe, medecin, recemment sorti de la faculte de medecine, et envoye a Louxor comme medecin de la compagnie des chemins de fer. Celibataire, loin de sa famille, il fut vite adopte par les Sassons, surtout par nonna Marietta, qui vite l’aima et le considera comme son fils. De son cote, il trouvait l’hospitalite, la chaleur et l’amour que chacun de nous a tant besoin. Il devint vite, non pas seulement leur medecin, mais surtout un ami.,… un membre de la famille. Si je raconte cela, … c’est que , bien des annees plus tard, apres le deces de papa et l’arrivee de nona chez nous, ce meme personnage ” Dr. Abboud ”, a part d’etre notre medecin de famille, eut un role assez important, et fut , surtout pour maman, d’un grand soutien moral. Il etait le conseiller, le confident,… A chaque difficulte, en face de problemes insurmontables, lorsque maman sentait qu’elle cedait au desespoir,… alors il etait la, pour remonter le moral, conseiller, donner un peu de confiance , d’assurance et de force pour surmonter et aller de l’avant. (D’ailleurs, c’est lui qui etait l’accoucheur de maman, et de Mary. Il nous amena au monde, moi, mon frere, ma soeur, ainsi que mes enfants…) Il avait une femme adorable,… francophone, erudite et intellectuelle, qui nous aida beaucoup aupres des instances scolaires, et conseillait maman, pour notre education,.. et la voie pedagogique et educative a suivre.

Les annees passent, le commerce de Ytshak commence a montrer des signes de declin. La verite est que mon grandpere, n’avait pas du tout le caractere et la poigne du business man. Il etait plutot genre.. bonhomme, .. calme, .. patient .. plein de bonte naive,… je dirais peut-etre faible de caractere. . Il vendait beaucoup a credit, croyant naivement tous les bobins qu’on lui racontait, pour remettre les paiements a plus tard. Maman me disait qu’a la maison, il y avait trop de discussions a ce propos. Les clients ne payaient pas ou peu,…D’autre part les enfants grandissent et il faut penser a marier les filles. Marietta commence a raisonner son mari, qu’a Louxor il n’y a pas d’avenir pour les enfants , surtout qu’il n’y a pas de juifs pour marier les filles, que les garcons grandissent et doivent continuer leurs etudes secondaires, et qu’il vaut mieux plier baggages… Monsieur Isaac, comme d’habitude, se plie devant les exigences de sa femme. Ce que femme veut, …! !

Il avait raison notre cher Richelieu, en disant “cherchez la femme “. Et c’est ainsi qu’au debut des annees vingt, la famille s’en retourne au Caire.

Jacques Sasson, jeune homme travaillait dans une usine de sucre a “Komombo”… Cela me rapelle la canne a sucre de Haute Egypte , au gout succulent que l’on sucait avec delice,… mais cela demande une dentition d’acier. Tant que la famille etait a Louxor, Jacques travaillait a l’usine,… Mais quand on decida de retourner au Caire, il retourne avec eux,.. travaile comme commissionaire ou courtier dans n’importe quelle branche,… mais finalement il s’oriente vers la construction,… le batiment , et se debrouille bien.

Albert Sasson termine ses etudes secondaires, fait 3 annees de pedagogie pour obtenir son diplome de professeur de Mathematiques, et travaille dans les ecoles gouvernementales.

Maman qui avait deja appris un peu de coupe et couture, commence a travailler dans ce domaine. Elle travaille a la journee, chaque jour allant chez une famille differente, et ainsi commence a se creer une petite clientele. N’oublions pas que cette periode ne connaissait pas le “pret a porter”.

Je parcours rapidement cette periode .. Maman a connu mon pere qui, d’origine iraquienne, venait juste d’ariver de France en 1921.

Ezra Eliahou (Elie) Abed, finit ses etudes primaires a Bagdad, son pere l’envoie terminer ses etudes superieures, a Istamboul, la capitale de l’empire Ottoman,… Il y va, mais vite la quitte, preferant voyager et voir le monde. ( Comme les jeunes de nos jours, parcourant le globe, avec leurs sacs au dos). Il s’enfuit du college, voyage un peu partout dans les pays avoisinants,.. Europe de l’est,,.. les Balkans,.. la Yougoslavie,.. l’Italie,..Et c’est ainsi que d’un pays a l’autre, il arrive en France alors qu’eclate la premiere guerre mondiale en 1914. Etant sujet ottoman, il est pris comme prisonnier de guerre.

Apres un certain temps, etant juif, il est relache, avec beaucoup de ses compatriotes, change son nom de famille, ( de “Abed” pour “Patan”) et en 1921 decide de retourner en orient. Il prend le navire de Marseilles pour Alexandrie… A l’arrivee a l’escale , a “Oran”, il descend , visite la ville et se photographie . Je garde toujours la photo originale, estampillee , et ou y figure le nom du studio a Oran,.. et la date. Dans ce portrait il porte le costume francais d’epoque, le col de chemise arrondi,… epingle de cravate,… et des moustaches gauloises comme il se doit.

En Egypte, il travaille comme voyageur vendeur de textiles, dans les villes du sud d’Egypte, … A Assiout, il rencontre un compatriote, Israel Ezra le mari de la tante Hamama , qui est iraquien comme lui. Ainsi la liaison avec la famille Sasson est faite.

La tante Hamama le presente a Victoria en 1923. Elle continue comme couturiere,… Lui continue a courir les villes, et se correspondent quelques annees , et enfin se marient au Caire en 1927. … Quelques essais de travail au Caire, (toujours dans le textile) echouent. …Alors, mon pere apprend la coupe de vetements feminins, et ainsi , ils decident de monter un studio de couture dans l’appartement conjugual. Il coupe les vetements des clientes, et s’occupe de tous les besoins divers et innombrables de la vie quotidienne,. maman s’occupait uniquement de la couture,… des ouvrieres,… des clientes..

Cela a l’air de marcher, mais le sort a decide autrement.

Le 27 decembre 1938, mon pere, ag é de 42 ans, meurt subitement et instantanement d’une hemorragie celebrale … laissant maman et trois petits, dont moi, l’aine avait a peine 10 ans, Isaac en avait 9, et Miriam (Mimi) 5 .

Je me rappelle assez bien de cette journee,.. C’etait pendant les vacances de Noel, (car nous frequentions l’ecole des freres religieux catholiques du Daher), et j’etais en conge, a la maison. Comme d’habitude, chaque matin, papa descendait faire les achats necessaires,.. cuisinait, et vers 10 heures commencait la coupe des vetements, Subitement il tomba,.. perdit connaissance,.. et c’est tout. Ambulance,… Dr Abboud vint de suite, mais il n’y avait rien a faire,… A quinze heures , c’etait ses funerailles.

Quel malheur pour nous tous, mais surtout pour maman.

NONNA MARIETTA

C’est alors que nonna Marietta est entree dans notre vie, … Depuis 1938, elle a vecu parmis nous jusqu’a sa mort en 1951, agee de 81 ans…

Avant cela je me rappelle vaguement de Nonna et Nonno, a part quelques visites chez eux,..Je me rappelle voir nonno a la synagogue les vendredis soir, quand j’y allais avec mon pere et mon frere. Je me rappelle aussi qu’une fois, a l’occasion de Pourim, il m’embrassa, me donna quelques sous pour depenser, et acheter un masque… .Pourquoi justement cette scene m’est restee a l’esprit plutot que d’autres,…Va savoir les secrets du subconscient…!!…Apres les mariages de Jacques, de Victoria et d’Esther, ils vivent avec l’oncle Albert, encore celibataire et prof, dans les ecoles gouvernementales. … En fevrier 1937, Albert se marie, mais ils continuent de vivre avec le jeune couple. Mes relations avec la famille Sasson etaient plutot restreintes, etant donne qu’il n’y avait pas d’enfants de mon age, et avec qui passer mon temps et jouer.

Cela cessa un beau jour ou je decouvris que j’avais pleins de cousins et cousines de tout age . En effet un beau jour , la tante Hamama , son mari et leurs enfants quitterent Assiout, et vinrent habiter au Caire, … dans notre immeuble. Ils etaient dans l’entree “A” et nous l’entree “B” . Quel bonheur pour des enfants qui decouvrent … il y avait Pauline qui etait de mon age, … Soussou , Shaoul et Zaki plus grands, … Clemence de l’age de Mimi,…mais les plus ages (Helene, Ezra et Mary..) on n’y pretait pas attention., .. ils etaient “les grands”. C’etait le debut d’un rapprochement et d’une union qui allait en grandissant,… nous etions toujours ensemble, nous melangeant les uns dans les autres, partageant nos joies et nos drames,… jusqu’a former une seule entite familiale, et cela jusqu’a notre depart en 1957.

En juillet 1937, nonno meurt , a l’age de 74 ans, lors d’une visite chez sa fille Esther , a Heliopolis, ou son mari , Maurice avait un magasin de produits menagers. Nonno se sentait tres a l’aise a passer des heures au magasin, avec cette atmosphere de commerce et de contact intime entre vendeur et client, qui est toute particuliere en orient. Il devait avoir surement la nostalgie de son commerce de Louxor.

Donc en 1938, la nonna , veuve, agee de 68 ans, voyant sa fille Victoria, veuve aussi, seule a elever trois gosses et luttant pour son gagne pain, decide sans hesitation, que sa place est avec sa fille. … Dorenavant elle va s’occuper des besoins materiels de la maison,… laissant a maman le seul souci du travail , et du gagnepain.

Ainsi commence une nouvelle periode, ou j’ai connu, aime, apprecie ma chere nonna… Sans elle, comment maman aurait elle pu ?…

Comment puis-je la decrire en deux mots? , … c’est diffficile… elle etait pleine de contrastes. Certes autoritaire, mais pleine de charite et d’amour. Forte de caractere, elle decidait de tout, et avec l’aide d’une bonne qui l’assistait,elle faisait tout. C’etait juste la personne qu’il fallait, dans les conditions presentes. Juive croyante et pleine d’une foi innebranlable, elle suivait aveuglement les regles de la cacherout (que nous avons neglige de nos jours). Surtout les jours qui precedent Pessah, ou elle etait particulierement meticuleuse,… maniaque.

Elle commencait sa journee, toujours avec le meme rituel… … se lave le visage et, .. la serviette encore en main, elle ouvrait la grande fenetre, regardait le ciel, et s’adressant a son Dieu personnel, …lui tenait une longue conversation, ou plutot un long monologue. Comme une petition qu’un sujet soumettait a son roi, elle lui demandait de veiller a sa famille, … elle les enumerait un par un,…tel fille, trouve lui un bon mari,… tel malade, fait qu’il guerisse,…pourquoi n’as-tu exauce mes voeux pour tel ou telle requete,… que puis je faire pour que tu m’entendes, … je suis prete a jeuner, a faire tel ou tel voeu si tu accedes a ma demande. C’etait quelques minutes d’intimite et de prieres, qui se terminaient toujours par le meme refrain: “Ma termilish guetta” textuellement ( ne jette pas mon corps ), mais qui etait en fait, une priere de ne pas m’oublier dans mes derniers jours, et me reserver une mort sans souffrances. Apres cette confession matinale et quotidienne, elle se sentait soulagee, et pouvait alors commencer sa journee.

Le petit dejeuner pour tous … les enfants avant l’ecole… ensuite c’est arranger, aerer et nettoyer les chambres ,… et enfin,… la cuisine ou la vie etait plus compliquee que de nos jours,.. je me rappelle encore que l’on petrissait et preparait le pain, que la bonne amenait au four public non loin de l’appartement. Je vois encore la nonna, assise devant la ” tabbleya” , petite table basse et ronde, en train de preparer des pates et macaronis. La plupart des casseroles ” Edra” etaient en terre glaise ou en ceramique. On cuisinait avec les “primus” et les “fatayels”,… ce sont les rechauds anciens avant les rechauds electriques ou a gaz, et qui sont inegalables pour le mijotage a petit feu.

Parfois, son travail fini, elle venait s’asseoir avec maman et les ouvrieres (il y en avait une quinzaine, dont Pauline ta maman, et Mary ma future femme), bavardant, regardant, mais toujours lancant ses remarques quand il le fallait, et parfois quand il ne le fallait pas.

En deux mots, la nonna depensait toute son energie a subvenir aux besoins de tous. Tout ce qu’elle savait faire etait fait avec amour et affection pour ses proches. Elle demandait a ses enfants a venir la voir avec les petits fils, pour garder le contact avec les jeunes. La tante Esther venait parfois passer le Samedi chez nous avec ses bambins.

Ainsi passerent les annees,… Apres avoir termine mon Bac (francais), jai du (a contre coeur) renoncer aux etudes universitaires, et prendre le meme chemin de mes parents, … etudes de coupe de vetements feminins, … et je commencais a travailler avec maman afin de l’aider et lui alleger un peu ses efforts et responsabilites, … Isaac continue, et termine la faculte de pharmacie, …Mimi termine ses etudes a l’English mission.

En mars 1950, je me marie avec Mary Abada, et nous vivons dans un appartement tout pres. En mars 1951, Mary accouche de Vicky, juste quelques mois que la nonna eut l’occasion de voir et prendre en mains le petit bebe… Petit a petit, elle perd ses forces, sa sante decline, mais toujours parmis nous, a la maison, entouree de l’attention , l’affection et de l’amour que tous ses proches lui prodiguent. …La derniere semaine, notre appartement etait constamment plein,… Toute la famille, et connaissances venaient rendre un dernier hommage a cette grande dame,… C’est comme la chanson de Charles Aznavour: “ LA MAMMA”

Evidemment Dr.Abboud vient la voir chaque jour,… et il sera present, avec nous, a son chevet, lors de ses derniers instants.

Ainsi s’en va LA NONNA , et s’eteint cette flamme qui brulait en elle. C’etait le 16 novembre 1951,… elle avait 81 ans.


ELIE PATAN - Decembre 2001